L'incroyable développement de la production laitière en Bretagne par Michel Moisan 18 06 12

L’incroyable développement de la production laitière en Bretagne de 1950 à 2000

Michel Moisan, cadre dans l’entreprise « La Vache qui rit » puis directeur de l’URCIL, laboratoire d’analyse du lait à Carhaix, avant de terminer sa carrière au Comité national d’Industrie et d’Economie laitière à Paris, a présenté l’essor de la production laitière en Bretagne le 18 juin.

Depuis le néolithique, le lait, aliment de l’humanité, apporte à l’homme des protéines, des matières grasses, du calcium assimilable et 7 acides aminés. Cependant la croissance de l’industrie laitière est très récente en Bretagne. Jusqu’aux années 50, les petites fermes bretonnes, c’est-à-dire l’immense majorité, pratiquaient la polyculture-élevage sur de petites surfaces, utilisant le lait, produit par 5 à 6 vaches au rendement moyen de 1418l par lactation, pour fabriquer du beurre vendu au marché local par les paysannes. La Bretagne  détenait le record mondial de la consommation de beurre par habitant, n’ayant par contre aucune tradition fromagère.

 

L’influence de la JAC

 

Plusieurs découvertes, comme l’invention de l’écrémeuse Laval en 1878, les travaux de Pasteur sur la microbiologie, la pasteurisation et le réensemencement par des ferments annonçaient des transformations importantes. De plus, dans des pays comme le Danemark l’achat de céréales à bas prix en Amérique ou en Océanie, favorisait l’essor de l’élevage. Dès la fin du 19ème siècle, en Charente, en Normandie, en Meuse, en Suisse, naissait une industrie laitière.

En Bretagne, la JAC, née en 1929 et soutenue par l’Eglise, appliquant le mot d’ordre « voir, juger, agir » lance la révolution fourragère et la révolution technique dans les années 50. Elle développe la culture d’herbe, après des voyages en Cornouaille anglaise. Elle participe à la création des Centres D’Etudes Techniques Agricoles (CETA). En 1958 celui de Châteaulin prône la culture de maïs adapté au climat breton ainsi que l’ensilage, à l’exemple des bavarois.

 La sélection des animaux se fait au détriment de la Pie noire bretonne, rustique mais de faible rendement, ou de l’Armoricaine. Les vaches hollandaises Frisonnes Pie noire s’imposent, en liaison avec la sélection génétique et l’insémination artificielle ainsi que la lutte contre la tuberculose et la brucellose. Des syndicats de contrôle laitier participent à l’élimination des animaux les moins rentables. En 1980, 85 % des vaches sont des frisonnes en Finistère. Les machines à traire deviennent la norme pour des troupeaux nettement plus étoffés (23 vaches en moyenne en 1987 avec un rendement de 5000l/ vache).

 

La production laitière multipliée

 

La production laitière est multipliée par 4,5 de 1950 à 1983. Négobeureuf  s’implante à Port-Launay et Redon en venant de Normandie. Entremont, depuis Annecy, s’installe près de Malestroit puis à Quimper et Carhaix. La laiterie de Ploudaniel et les coopératives bretonnes progressent également. La concentration s’opère progressivement au bénéfice des grands groupes comme Lactalis. La collecte augmente très vite pour la production de beurre et de poudre de lait écrémé pour les animaux. Le gouvernement soutient le marché en rachetant les excédents. La communauté européenne prend le relais avec le FEOGA et les montants compensatoires. Les paysans investissent et s’endettent. Ils sont de plus en plus dépendants du prix du lait. En 1972 éclate la guerre du lait avec blocage des laiteries à la suite d’une baisse du prix d’achat fixé par la communauté. La Bretagne produit 33% du beurre français et 38% de l’emmental (50% en 2004). La concurrence de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande s’intensifie. Les stocks de beurre s’accumulent d’où la baisse de la production, encouragée à partir de 1988 par les quotas et des primes de cessation d’activité. 



11/07/2012
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