UTL. Enfants trouvés de l'hospice de Quimper par Pierrick Chuto

UTL. Enfants trouvés de l’hospice de Quimper par Pierrick Chuto

Une femme portant un enfant dans un grand panier d’osier, gravit la colline de Creac’h Euzen. Arrivée devant le mur de l’hospice Saint-Antoine, elle  « expose » l’enfant dans un tour, boite pivotante nichée dans la paroi. Une sœur tourière récupère le bébé de l’autre côté.

Commençant sa conférence sur « les enfants trouvés à l’hospice de Quimper » par cette histoire impressionnante, Pierrick Chuto a su captiver son auditoire durant deux heures au Juvénat le 12 mai 2014.

L’établissement de Créac’h Euzen, d’abord grand séminaire puis hôpital militaire est devenu hospice civil en 1801, tout en accueillant des militaires malades. De 1811, date officielle de sa création, à 1861 il a accueilli 3874 enfants « exposés ». Leur nombre s’est progressivement aggravé pour voisiner les 100 arrivées par an dans les vingt dernières années. C’était principalement les enfants de filles publiques, de père ou de mère décédés, de père inconnu, des enfants en surnombre ou infirmes.

Un matricule et un nouveau nom

Chaque enfant recevait un matricule et un nouveau nom, souvent composé de deux prénoms tirés au sort : Marie JOSEPHE a été trouvée le 11 octobre à 10h du soir, exposée à la porte de l’hospice. Aux haillons dont elle était couverte était attaché un petit carré de papier, portant l’inscription : « cet enfant est baptisé, son père est inconnu, sa mère est morte il y a deux mois ». Les sœurs Hospitalières, remplacées par les sœurs du Saint-Esprit en 1833, aimaient aussi affubler les enfants de prénoms grecs (Délos, Sosiclès) ou latins (Gallus, Sextus). A partir de 1843 les sœurs décidèrent de commencer tous les noms par une lettre de l’alphabet. Ainsi en 1844 on retrouve un Balan (genêt) un Bara (pain), un Buzuc (ver). En 1861, date de la fermeture du tour, le dernier exposé fut Tazu Léon-Marie. Les enfants étaient baptisés à la chapelle du Saint-Esprit, avant d’être placés en nourrice dans les campagnes voisines, jusqu’à 12 ans. Les principales communes d’accueil étaient Briec, Ergué-Gabéric et Plogastel-Saint-Germain. Certaines femmes en faisaient une véritable profession comme Anne Le Séac’h qui élèvera 16 enfants trouvés.

Manque de moyens

 La municipalité de Quimper apportait une aide à l’hospice, grâce à l’octroi, et l’Etat payait les pensions mais avec beaucoup de négligence. L’hospice a dû faire face au manque de moyens et à des crises comme l’épidémie de choléra dans les années 1832-1834 ou la crise économique de 1846-48.

En 1833 un inspecteur des enfants trouvés, Armand René Duchâtellier est chargé de veiller aux soins apportés aux enfants placés en nourrice. Il restera en poste 11 ans et fera des témoignages sévères : « les mœurs de nos campagnes relèvent de la barbarie ». Au village de Kerourienne en Plogastel-Saint-Germain « un enfant dort par terre dans une boue fangeuse et liquide comme l’aurait fait un porc ». Il organise des échanges d’un arrondissement à l’autre pour éviter les rapports avec les parents biologiques. Il sera remplacé par Pierre-Marie Palud.

Des trajets variés

Les enfants sont parfois reconnus par leur famille : « ALCESTE Marie-Zénaïde exposée en 1843 est reconnue par sa mère le 21 mars 1844 ». Après 12 ans certains retournent à l’hospice. D’autres sont gardés par la famille nourricière qui reçoit une prime de 50F. On retrouve parfois leur trace. Joseph CAPRIN élevé par une nourrice à Plogastel-Saint-Germain, sera employé chez un sellier à Pont-Croix puis chez un charcutier de Quimper. Par contre, Paul Faine, exposé en 1848 et placé en nourrice à Langolen, deviendra garçon meunier puis laissera le souvenir horrifié d’un violeur et d’un assassin multirécidiviste. Il sera guillotiné le 2 juin 1888 sur la place du marché à Quimper.

 

Après la fermeture du tour à Quimper le problème des enfants abandonnés demeure et la mortalité infantile est un fléau. A la fin du 19ème siècle des lois viennent au secours de ces enfants par la création de bureaux d’admission, la répression des violences. En 1941 est créé l’accouchement sous X. Des boites à bébé existent encore dans plusieurs Etats.



24/05/2014
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