UTL - "La guerre de l'eau aura t'elle lieu ?" François Ars le 26 mars 2018

UTL – La guerre de l'eau aura t'elle lieu ? Par François Ars, professeur d'histoire à l'UBS

 

   Depuis le choc pétrolier de 1973, les médias attirent régulièrement notre attention sur la future pénurie de pétrole, qui, quand elle interviendra modifiera nos modes de vie. Par contre, la pénurie d'eau douce pour les activités humaines s'annonce pour le siècle à venir voire les prochaines décennies ; or l'eau qui fait partie de notre quotidien nous est absolument indispensable ...

 

L'EAU DOUCE

   Notre planète bleue contient une abondance d'eau mais : 98% est salée ; reste donc 2% d'eau douce et seulement 0,02% est utilisable pour l'usage de nos sociétés. L'eau douce est retenue sous forme de neige ou de glaciers sur les montagnes à hauteur de 70 %, ou dans les inlandsis (couche de glace très épaisse, qui recouvre une terre, une île ou un continent). Et 30% sont des eaux souterraines, contenues dans des nappes aquifères ou phréatiques.

   Le monde occidental a un accès à l'eau potable de qualité d'une manière globale, mais il n'en va pas de même dans les pays pauvres ou en voie de développement où il est une véritable privilège : près de 700 millions de personnes n'ont toujours pas accès à une eau propre et salubre et 2 milliards d'hommes auraient besoin d'accéder à un assainissement amélioré.

   Des inégalités spatiales : L'Asie regroupe 61 % de la population mondiale pour 36% des réserves d'eau utilisable, l'Europe 12% pour 8%, etc... Au total 1,7 milliard d'humains manquent d'eau potable.

   De 1950 à 2009, la population a été multipliée par 2,7 et le prélèvement en eau par 3,2. Une personne dans un pays développé consomme entre 30 et 50 fois le volume d'eau consommé par une personne vivant dans un pays pauvre. Pour faire face à une demande toujours croissante, la tentation est forte de puiser dans les nappes aquifères qui ont mis des milliers d'années à se constituer et qui mettront autant d'années à se refaire.

   Le réchauffement climatique observé contribue à l'assèchement de vastes zones sur la Terre. De plus, la qualité de l'eau ne cesse de se dégrader, avec des risques sanitaires pour la population, même dans les pays développés. Dans les pays du sud, les installations d'assainissements manquent, la population doit utiliser une eau qui n'est pas saine.

   L'agriculture absorbe 70% de l'eau consommée. Quelques grands bassins céréaliers mondiaux (USA, Chine , Russie) approvisionnent l'humanité. Par exemple, le bassin chinois situé au nord du pays a amorcé son déclin à cause de la pénurie d'eau de qualité. Face à cette évolution , la Chine a pris les devants en «achetant l'Afrique» mais son développement industriel peut être bloqué pour cette même raison. D'où également les projets du gouvernement pour pomper l'eau au sud afin de l'acheminer au nord-est grâce à de grands projets de canaux de dérivations.

   Les zones sous tension : le lac Tchad (Niger, Tchad, Cameroun, Nigeria), la mer d'Aral, l'Iran, le Moyen-Orient (Syrie, Irak), le Tibet (château d'eau de l'Asie), le bassin du Nil vital pour l'Egypte, Israël et ses voisins se disputent les eaux du Jourdain, du Golan et des nappes aquifères profondes.

   

   Et demain ? Les perspectives en matière d’eau douce ne sont pas réjouissantes. Avoir accès à l’eau est donc devenu un enjeu économique crucial à l’échelle planétaire qui pourrait devenir, dans le siècle à venir, l'une des premières causes de tensions internationales. A l'avenir, la pénurie n'entraînera-t-elle pas des conflits armés ? L'eau ne pourra plus être considérée comme un élément inépuisable. Le renchérissement de l'eau est inévitable, en raison du coût de son traitement et de sa rareté. Y a t'il des solutions techniques ?

 

   En conclusion, et à court terme les occidentaux feraient bien de réduire le gaspillage généralisé de la ressource qui s'annonce rare.



05/04/2018
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