UTL. Le modèle turc à l’épreuve. 06 01 14

La République de Turquie est devenue dans les années 2000 un modèle pour les révolutionnaires du printemps arabe mais aussi pour les experts occidentaux. Ils ont été séduits par le compromis entre la démocratie laïque et l’islam. Daniel Cléac’h, historien, a montré aux adhérents de l’UTL, le 6 janvier, les craquements du modèle dans un environnement très instable.

 

Le parti conservateur AKP (parti de la justice et du développement) arrivé au pouvoir  en 2002, a bâti l’expansion de cet Etat turc, pont entre l’Europe et l’Asie sur trois piliers :

  • Le dynamisme économique. Il est fondé, non pas sur des matières premières et des sources d’énergie, malgré le passage d’oléoducs d’importance stratégique, mais sur l’activité d’entrepreneurs orientés vers la conquête des marchés extérieurs. A côté d’une zone littorale touristique et du pôle d’Istanbul (15 millions d’habitants), la promotion de l’intérieur a été facilitée par la mise en place du GAP, initiateur de barrages sur le Tigre et l’Euphrate. Jusqu’en 2010 la croissance a été de 9 à 10% faisant de la Turquie la 16ème puissance économique mondiale.
  • La synthèse entre la démocratie laïque et l’Islam. La révolution kémaliste a fait entrer de manière autoritaire, à partir de 1923 et avec l’appui des militaires, la nouvelle république dans le modèle occidental, sur les décombres de l’empire ottoman. Après la seconde guerre mondiale, la vie du pays est ponctuée, dans le cadre de l’institution du multipartisme, par plusieurs coups d’état militaires et émeutes. La venue au pouvoir de l’AKP permet au 1er ministre Erdogan de donner à l’Islam une place plus importante dans la vie publique. Le port du voile est accepté même dans la chambre des députés.
  • L’autonomie internationale. Membre de l’OTAN depuis 1952 et engagée dans des négociations avec l’UE depuis 1999, carrefour d’influences diverses, veut affirmer son autonomie sur la scène internationale. Elle refuse en 2003 l’utilisation de ses bases par les avions américains engagés dans la guerre contre l’Irak. Elle rompt avec Israël, son allié, après la répression à Gaza.

 

Le modèle craque.

Dans ce pays de 80 millions d’habitants où les Turcs sont nettement majoritaires il ya cependant 15 millions de Kurdes, principalement au SE mais aussi dans les grandes villes. De même, en religion, si les sunnites sont très majoritaires, acceptant une toute petite minorité chrétienne, les Alévis, chiites dissidents proches des Alaouites, environ 15 millions, sont mal vus.

Les petits et moyens patrons de l’intérieur, « les tigres de l’Anatolie », sont bien plus nationalistes et religieux que les grands patrons engagés dans les échanges avec l’étranger. Ils financent l’AKP et font entendre les revendications du pays profond. Les tendances autocratiques d’Erdogan inquiètent aussi les libéraux et la puissante confrérie de Fethullah Gülen dénonçant la corruption des classes dirigeantes.

Le contexte international s’est aussi assombri ces dernières années. La crise financière et ses répercussions économiques et sociales pèsent sur la croissance qui n’est plus que de 2%. Le déficit s’est aggravé avec la baisse des investissements étrangers. Les barrages du GAP se heurtent à l’hostilité des pays de l’aval. Le problème chypriote, la guerre civile en Syrie, l’instabilité de l’Irak, la montée en puissance des Kurdes, à cheval sur 4 Etats, ainsi que celle de l’Iran chiite, sont autant d’épines dans « le soft power » voulu par les Turcs. Aujourd’hui il y a un rejet majoritaire de l’Europe devant des négociations qui n’aboutissent pas. Hésitante dans sa politique étrangère et intérieure la Turquie se retrouve aujourd’hui isolée avec un modèle à l’épreuve.



08/01/2014
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