UTL - "Un feu su la mer" - Louis Cozan, ancien gardien de phare le 11 juin 2018

UTL - "Un feu su la mer" - Louis Cozan, ancien gardien de phare le 11 juin 2018

 

«Etre gardien de phare c’était un choix de vie»

 

M. Louis Cozan, ancien gardien de phare pendant 15 ans en Mer d’Iroise, nous a fait découvrir son métier, sa passion, et nous a fait partager ses émotions dans les phares.

«Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans…» Désormais, tous les phares sont automatisés. «Nous étions en mer d’Iroise de Sein à Ouessant au service des marins du monde sans distinction de pavillon».

Les courants dans cette mer sont violents, compliqués et changeants sur des durées variables. Né à Ouessant, l’île aux phares, M. Cozan a eu comme horizon la houle et le mât des bateaux : sans nul doute l’origine de sa passion. Il nous a présenté ces phares renommés, si différents les uns des autres.

 

Les phares

 

Le Stiff : élevé à Ouessant en 1699 au sommet de la falaise. Simple foyer allumé d’octobre à mai, son fanal fut rehaussé d’une lanterne à réflecteur en 1780. Il fut automatisé en 1993.

Le Créac’h : construit en 1863, il marque l’entrée dans la Manche. Feu à éclat tournant, on le voyait à 185km à la ronde, il fut le plus puissant d’Europe et demeure, avec un phare du Portugal, le plus puissant du monde.

Le Nividic : situé le plus à l’ouest de la France métropolitaine, il fonctionna pendant 4 ans avant d’être abandonné pendant la deuxième guerre mondiale sur ordre des Allemands. Il fut le premier phare automatisé en France.

La Jument : il fut érigé entre 1904 et 1911 à l’ouest d’Ouessant à l’entrée des courants violents du Fromveur, grâce au legs de Charles-Eugène Potron, membre de la Société de Géographie de Paris. La construction a duré 7 ans, trop vite, à cause d’une clause du testament. L’édifice a du être haubané jusqu’à la roche par trois câbles métalliques. Il fut automatisé en juillet 1991.

Le Kéréon : construit entre Molène et Ouessant dans le passage du Fromveur, grâce à un don de Mme Lebaudy. Il porte le nom de son grand-oncle, Charles-Marie Le Dall de Kéréon, officier de marine guillotiné pendant la Terreur. C’est le palace des mers par son volume, sa lumière, la perfection de ses matériaux : lambris, parquet de chêne orné d’une rose des vents en acajou et ébène, mosaïque dans l’escalier… Il fut le dernier «enfer» automatisé en 2004.

Les Pierres Noires : construit au 19è siècle, il sécurise la Pointe st Mathieu.

La Vieille : construit lui aussi au 19è siècle, il fut allumé en 1887 pour sécuriser le Raz de Sein. Le rocher au pied était équipé de mâts de charge pour décharger la chaloupe de ravitaillement. Son histoire s’est terminé en 1995, par son automatisation et le spectaculaire hélitreuillage de Jean Donnart son dernier gardien.

M. Louis Cozan a composé un chant émouvant à cette occasion qui avait attiré les média ; il l’a qualifié de «chant de l’arrachement de l’homme à son métier».

 

La vie au phare

 

Il y avait 3 agents par phare ; ils passaient 14 jours dans le phare et ils étaient relevés un par quinzaine. A Kéréon ils étaient à l’aise car c’était spacieux, mais à Armen, les pièces étaient exigües : il n’y avait que 12m2 habitables. Ils avaient 21 jours de congés payés.

Le gardien qui faisait le quart de nuit, nettoyait, au matin, le matériel qui ne servait qu’une fois. Toute l’optique était astiquée ainsi que toutes les pièces d’acier. Ensuite il préparait le repas de midi.

Le «feu» était allumé 5 minutes à l’avance et à l’heure dite, les rideaux de la lanterne étaient descendus. Les gardiens voyaient alors tous les phares de la mer d’Iroise qui s’étaient allumés en même temps. Les phares «veillaient» les uns sur les autres ce qui permettait un croisement des observations qui étaient consignées dans un document administratif aux pages numérotées. Chaque éclat était identifiable. «Un phare est une victoire contre l’obscurité».

Par radio, les gardiens communiquaient les observations météo. Ils ne pouvaient utiliser la radio que pour des commandes urgentes. Les commandes habituelles étaient écrites. Le balisage maritime était à la charge des sémaphores de la marine.

Leur première télévision fut alimentée par un groupe électrogène et un convertisseur qui faisait plus de bruit que la télé…

 

La relève

 

Elle était compliquée à cause de la dangerosité des lieux en mer d’Iroise. Elle se faisait à l’aide du cartahu, filin lancé par les gardiens à la vedette. Au va et vient établi on accrochait le ballon, siège rudimentaire. Le gardien était halé à l’aide d’un treuil manipulé par les gardiens en poste. La vedette frôlait la base des rochers, elle devait attendre parfois deux heures avant de s’approcher. La manœuvre requérait agilité et virtuosité de part et d’autre.

 

La formation

 

Le futur gardien s’engageait pour un an au bout duquel il avait l’autorisation de passer le concours pour sa formation. Elle durait 3 puis 2 ans. Ensuite il était affecté à un phare en fonction de son classement. Il était formé en mécanique, électromécanique, menuiserie échafaudage, maçonnerie, météo, radio, premiers secours (appris aux urgences et avec les pompiers). Les remises à niveau jalonnaient toute la carrière.

 

Les états d’âme

 

Pendant la seconde guerre, ils furent générés par la présence de 2 marins allemands par phare, voire 4 à Armen. C’est la Kriegsmarine qui donnait les ordres d’allumage.

La mer était dure au quotidien, les tempêtes étaient des exceptions. Par les hublots les gardiens voyaient se former la déferlante qui montait jusqu’à la lanterne les immergeant totalement dans une vague verte puis dans le noir total au long de la tempête.

Les gardiens étaient «solidement reliés à la terre par l’affection» née de l’esprit de famille qui régnait aux Phares et Balises.

 

E.G-D



27/06/2018
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